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La certification HVE pour justifier d’une agriculture raisonnée : Retour d’expériences d’exploitants certifiés.

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Alain Burtin a suivi la formation de la Chambre d'agriculture et a été certifié cette année, il témoigne...

Alain Burtin élève 70 vaches Montbéliardes et leur suite sur la commune de Villemotier dont il livre le lait à la coopérative d’Etrez-Foissiat. Il a suivi la formation de la Chambre d’agriculture de l’Ain sur la certification HVE 3. La quasi-totalité de ses surfaces sont en prairies permanentes et temporaires, le reste en céréales pour l’alimentation. Situé à la bordure entre le Revermont et la Bresse, son exploitation profite également d’une région bocagère préservée, mais malgré ces conditions,

Alain Burtin ne pensait pas être conforme au cahier des charges. "Je me suis inscrit comme ça, pour comparer mes chiffres, mais je ne pensais pas du tout que je pourrais être certifié", explique-t-il. "On nous a expliqué tous les modules, puis on a fait un autodiagnostic. La formation a duré deux jours". "La HVE c’est de l’agriculture raisonnée" aime-t-il dire et s’il n’a pas de retour direct sur sa production,

Alain Burtin espère en tirer profit dans le cadre du verdissement de la Pac, en plus du crédit d’impôt dont il a bénéficié. Ce ne sont malgré tout pas ces avantages qui l’ont motivé. Le coût de la certification s’élève à 400 €/an, mais c’est pour l’éleveur une façon de s’inscrire dans un modèle agricole, non pas nouveau, mais dans l’air du temps. Le modèle intensif est un peu dépassé pour la société selon l’agriculteur qui s’est installé en 1988 : "On voit bien que la société change, et celui qui restera dans le système intensif se verra à payer des taxes. Il faut se tourner vers un autre modèle". Mais les changements ne sont pas toujours évidents à intégrer. Des efforts à mettre en place S’il n’a pas eu besoin de modifier complètement son système, Alain Burtin doit néanmoins faire des efforts sur l’apport d’azote afin de pouvoir conserver sa certification à l’avenir. "Si je veux être tranquille, il va falloir que je m’améliore sur le bilan azoté, on était un peu juste et il faut être rigoureux sur l’enregistrement". Pour y arriver, il a déjà testé plusieurs alternatives cette année. Entre autres, l’utilisation de Nutribio N sur maïs, c’est-à-dire un produit à base de bactéries qui fixent l’azote de l’air, et non à base d’azote à proprement parlé. Il a utilisé le même système en enrobage de semence avec de l’Azotilis, un produit que la coopérative d’Etrez-Foissiat avait déjà testé. "Nous avons quasiment divisé par deux l’apport d’azote, je n’ai quasiment pas utilisé le stock d’ammonitrate". Depuis plusieurs années, il implante du méteil protéagineux avant de semer du maïs, ce qui lui permet là encore de réduire son apport en azote. Une façon, non seulement de respecter le cahier des charges HVE, mais également de réduire sa facture d’intrants. Du côté de l’IFT (Indicateur de fréquence de traitement phytosanitaire), Alain Burtin n’utilise jamais de doses pleines et s’aide d’un GPS et d’une barre de guidage qui lui ont permis d’acquérir des points supplémentaires pour la certification. De même qu’une pesée sur semoir et d’un DPAE sur pulvérisateur. En s’inscrivant à la formation, Alain Burtin pourra profiter d’un rendez-vous chaque année avec un technicien de la Chambre d’agriculture.
 

D’autres agriculteurs témoignent

Éleveur de Volailles de Bresse et de vaches allaitantes en Charolais Label Rouge à Viriat, Christian Chatard a été certifié HVE au mois de mai. "Comme on reçoit beaucoup de monde sur l’exploitation et qu’on fait cuire des poulets à la broche, l’idée, c’était de montrer que même si on n’est pas en agriculture biologique, on est dans une agriculture raisonnée. C’est une justification de nos pratiques, mais je n’attends rien de la HVE en termes de valeur ajoutée. Je ne vais pas vendre mes produits plus chers", explique-t-il. La certification permettra malgré tout à Christian Chatard de bénéficier d’un crédit d’impôt et avec 40 ha de céréales et 80 ha de prairies, il était déjà dans les clous du cahier des charges et n’a pas eu besoin de changer quoi que ce soit à sa production : "On est en polyculture-élevage avec des haies et des systèmes utilisateurs d’espaces. On est sur des rotations maïs, blé, prairies et je ne suis pas dans la recherche du rendement maximal. J’ai même de la réserve sur certains indicateurs, je ne suis pas un gros utilisateur d’azote. Je ne vais par exemple pas chercher les 100 quintaux sur du blé, de toute façon les sols ne nous le permettent pas." Pont vers la bio, Christian Chatard préfère voir la HVE comme une troisième voie. Et d’argumenter : "Je ne suis pas prêt à me passer du désherbage, et il faut avoir des rotations plus longues en AB. Il faut aussi du fumier, de la matière organique, et quel intérêt quand il n’y a plus de différence de prix. Le lait bio est vendu moins cher que le conventionnel. Aujourd’hui, le local a dépassé la bio, les gens se positionnent pour avoir de la viande qui vient de chez leur voisin, plutôt que sur des produits bio qui viennent de l’autre bout du monde".

Pour Laurent Varoux, du Gaec Black Angus à Champagne-en-Valromey, la certification HVE est aussi une façon de justifier de ses pratiques face à une injonction sociétale d’avoir une agriculture raisonnée. Lui profite de ce label puisque ses pratiques le lui permettent, mais la certification n’est pas aussi simple à obtenir pour tous les agriculteurs. "Aujourd’hui, ce que je vois, c’est 100 000 agriculteurs de moins en 10 ans, la plupart en élevage, la moitié de la profession agricole à cinq ans de la retraite. On a beau dire que ça va aller, ça va être un drame. Ces labels, la Bio, la HVE ou autres peuvent permettre de montrer aux gens qu’on fait bien et qu’ils consomment Français."

 


 

Article de M.L.M. - Ain Agricole

 

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